Article publié depuis Overblog
Nous vivons une époque qui me laisse perplexe.
je l’ai appelée époque des mots mous et flasques
ces mots que votre visage amortit à peine quand on les lui jette à la face. Ils n’ont pas envie de se livrer au spectacle qu’aiment tant les donneurs de leçons
alors ils se mettent en boule, cette drôle d’expression de mes parents lorsqu’ils étaient en colère…
ne le met pas en boule…
on sait jamais
un coup est si vite arrivé.
Il y a toujours un peu de Michaux qui traîne dans les grandes histoires de propriétés familiales
ECLATS DE REGARD
Le regard – le mien, le tien, le nôtre- se fait kaléidoscopique. L’attention se fait diffuse. Les images se succèdent dans un ordre aléatoire. Aléa. Le hasard construit les vies en leur donnant un semblant d’être… Les souvenirs procèdent ainsi. Ils se succèdent sur le mirage qu’est la ligne. Du temps, insaisissable, ne reste que la chronologie, cette présence de mes attentes qui une fois classées au rayon de la mémoire sont des rêves trépassés.
C’est une ville qui explose ou implose, en de multiples éclats. J’ai vu les murs tomber, les murs murmurer, les arbres disparaître ; j’ai entendu les cris, puis ces silences qui n’en finissent pas.
Certains passants très rares, prenaient des photos.
les politiques simulaient, le sourire en bandoulière. C’est à une ride qui plisse leur
c’est une ville comme tant d’autres.
D’autres semblaient abattus, à l’image de cet arbre centenaire qui ne supporta pas l’éventration et mit la ville au bord de la crise de nerf. Les explications se succédaient, certains y voyaient un sabotage idéologique, d’autres un ensemble de circonstances défavorables.
La bonne nouvelle vint du rejeton de l’arbre trouvé du côté des racines … il y aurait un héritier
pourquoi écrire ?
Pas pour faire joli.
Pas pour plaire.
Pas pour se divertir.
Sérieusement ?
Pour introduire un ordre, une structure dans un monde en mouvance
Mais ce livre n’est pas universitaire.
Il n’en est pas l’opposé, pour autant
Il est d’ailleurs.
La ville est discours de l’à peu près, de ces discours ébréchés , des silences sans issue. La ville est ce cri de l’écrit. Sans prétention.
une ville c’est des entrelacs de rues et de ruelles
des voix bavardes nasillardes criardes douces
c’est un bateau-fontaine sur une place que l’on déplace
un bateau ivre
C'est un arbre centenaire
des impasses des éffilochements
je cours après le fil
il en faut un crie l'éditeur
un livre c'est une filature des mots
QUESTION
un enfant marche dans la rue ce matin
En cette solitaire avancée matinale
la moindre énigme le rend joyeux
Dis
C’est quoi une ville ?
Il se tenait droit devant moi l’oeil interrogatif et à la limite de la colère
il était sérieux comme le sont tous les enfants quand la larme se forme au miroir de la pupille
avant que n’éclate un torrent de ricochets noyant la forme provisoire
L’enfant était déterminé
il attendait une réponse
le ton était décidé, le regard brillant, ce regard désorienté de l’enfant qui cherche à s'arrimer à la parole de l’adulte
Mais d’un adulte en faillite qu’attendre ?
L’enfant au regard bleu marin
Insistant
il voulait savoir comment on construit ces blocs superposés les uns sur les autres et s’ils grattent le ciel
ça lui donnait le vertige
il ne se sentait pas pousser des ailes
au contraire il s’attachait à la terre à défaut d’être enraciné
L'enfance attendait sa réponse avec l’esquisse d’un sourire venu des profondes entrailles dans un cri retenu.
Pour se sentir grand et puissant, il avait les chaussures à talons de sa mère à moins que ce ne soit pour sentir le monde tanguer sous ses pieds
je m’entends lui dire :
une ville c’est du silence et des mots.
Parfois il y a un cri bref car une ville est née
Il écoutait et se taisait.
Je poursuivais, sûre de moi. Trop.
Je lançais cette autre affirmation du haut de mes certitudes.
« Les villes se meurent de ne pas être inventées. »
Elles habitent la déchirure au creux de la plaie,
ce mitan du lit où coule une rivière si profonde
les villes se construisent pour une durée indéterminée
les villes se meurent de la faillite des sentiments
du vacarme. dans nos têtes et des fossoyeurs des mots
Alors l'enfant se tient devant toi et attends des explications. L'enfant me regardait les yeux grands ouverts, étonnér, prêt à effacer ce qui troublait l’ordre, l’éponge à la main, devant le tableau vert, cette parole du maître, parole du vrai
Nous défaillons souvent
faiblesse de l'homme pris au piège de sa petitesse
les villes écoutent la mer de nos rêves d’enfants
Encadrées par les fenêtres de petites , maisons édifiées, des femmes étaient accoudées Ces fresques sans arrière-plan et qui n’ouvraient sur rien, se tenaient les bras croisés. Position de celles qui sont au repos, de celles qui recadrent.Trêve de plaisanterie ?
C’était l’heure de la pause
de la dépose
du retour à soi
de l’abandon.
C’était l’heure où on n’attend rien
Enfermée dans ce corps un peu plus chaque jour
serrée à en être étouffée, je murmure les mots qui échappent à la retenue de la digue ce barrage contre la douleur.
.
C’était arrivé comme cela.
Sans m’en rendre compte.
Comme la neige à Noël
comme la fin d’une histoire
Sans additionner sans soustraire les mois aux heures, aux minutes, aux secondes sans coquetterie
c’était arrivé comme un jour banal au
c’était arrivé au moment où on se sent fléchir
où on se sent faillir
faiblir
la vieillesse c’est une menace
un doute
un ébranlement
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