Article publié depuis Overblog

par maryse.emel  -  17 Mai 2026, 16:07  -  #ville

Nous vivons une époque qui me laisse perplexe.  

je l’ai appelée époque des mots mous et flasques  

ces mots que votre visage amortit à peine quand on les lui jette à la face. Ils n’ont pas  envie de se livrer au spectacle qu’aiment tant les donneurs de leçons  

alors ils se mettent en boule, cette drôle d’expression de mes parents lorsqu’ils étaient en  colère…  

ne le met pas en boule…  

on sait jamais  

un coup est si vite arrivé.  

Il y a toujours un peu de Michaux qui traîne dans les grandes histoires de propriétés familiales

 

ECLATS DE REGARD  

Le regard – le mien, le tien, le nôtre- se fait kaléidoscopique. L’attention se fait diffuse. Les images se succèdent dans un ordre aléatoire. Aléa. Le hasard construit les vies en leur donnant un semblant d’être…  Les souvenirs procèdent ainsi. Ils se succèdent sur le mirage qu’est la ligne. Du temps, insaisissable, ne reste que la chronologie,  cette présence de mes attentes qui une fois classées au rayon de la mémoire sont des rêves trépassés. 

C’est une ville qui explose ou implose, en de multiples  éclats. J’ai vu les murs tomber, les murs murmurer, les arbres disparaître ; j’ai  entendu les cris, puis ces silences qui n’en finissent pas.  

Certains passants très rares, prenaient des photos. 

les politiques simulaient, le sourire en bandoulière. C’est à une ride qui plisse leur  

c’est une ville comme tant d’autres.

D’autres semblaient abattus, à l’image de cet arbre centenaire qui ne supporta pas l’éventration   et mit la ville au bord de  la crise de nerf. Les explications se succédaient, certains y voyaient un sabotage idéologique,  d’autres un ensemble de circonstances défavorables. 

La bonne nouvelle vint du rejeton de l’arbre trouvé du côté des racines … il y aurait un héritier

 

pourquoi écrire ?

Pas pour faire joli. 

Pas pour plaire. 

Pas pour se divertir. 

Sérieusement ?  

Pour introduire un ordre, une structure dans un monde en mouvance 

Mais ce livre n’est pas universitaire. 

Il n’en est pas l’opposé, pour autant 

 Il est d’ailleurs. 

La ville est discours de l’à peu près, de ces discours ébréchés , des silences sans issue. La ville est ce cri de l’écrit. Sans prétention.  

une ville c’est des entrelacs de rues et de ruelles 

des voix bavardes nasillardes criardes douces 

c’est un bateau-fontaine sur une place que l’on déplace

un bateau ivre 

C'est un arbre centenaire

des impasses des éffilochements

je cours après le fil

il en faut un crie l'éditeur

un livre c'est une filature des mots

 

QUESTION

un enfant marche dans la rue ce matin 

En cette solitaire avancée matinale 

la moindre énigme le rend joyeux 

Dis  

 C’est quoi une ville ? 

Il se tenait droit devant moi l’oeil interrogatif et à la limite de la colère 

il était sérieux comme le sont tous les enfants quand la larme se forme au miroir de la pupille 

avant que n’éclate un torrent de ricochets noyant la forme  provisoire 

L’enfant était déterminé 

il attendait une réponse 

le ton était décidé, le regard brillant, ce regard désorienté de l’enfant qui cherche à s'arrimer à la  parole de l’adulte 

Mais d’un adulte en faillite qu’attendre ? 

L’enfant au regard bleu marin 

Insistant 

il voulait savoir comment on construit ces blocs superposés les uns sur les  autres et s’ils grattent le ciel 

ça lui donnait le vertige 

il ne se sentait pas pousser des ailes 

au contraire il s’attachait à la terre à défaut d’être enraciné 

L'enfance attendait sa réponse avec l’esquisse d’un sourire venu des  profondes entrailles dans un cri retenu. 

Pour se sentir grand et puissant, il avait les chaussures à talons de sa mère  à moins que ce ne soit pour sentir le monde tanguer sous ses pieds 

je m’entends lui dire :  

une ville c’est du silence et des mots. 

Parfois il y a un cri bref car une ville est née 

Il écoutait et se taisait. 

Je poursuivais, sûre de moi. Trop. 

Je lançais cette autre affirmation du haut de mes certitudes.  

« Les villes se meurent de ne pas être inventées. » 

Elles habitent la déchirure au creux de la plaie, 

ce mitan du lit où coule une rivière si profonde

les villes se construisent pour une durée indéterminée

les villes se meurent de la faillite des sentiments  

du vacarme. dans nos têtes et des fossoyeurs des mots 

Alors l'enfant se tient devant toi et attends des explications. L'enfant me regardait les yeux grands  ouverts, étonnér, prêt à effacer ce qui troublait l’ordre, l’éponge à la main, devant le tableau vert,  cette parole du maître, parole du vrai 

Nous défaillons souvent 

faiblesse de l'homme pris au piège de sa petitesse  

les villes écoutent la mer de nos rêves d’enfants

Encadrées par les fenêtres de petites , maisons édifiées, des femmes étaient accoudées Ces fresques sans arrière-plan et qui n’ouvraient sur rien, se tenaient les bras croisés. Position de celles qui sont au repos, de celles qui recadrent.Trêve de plaisanterie ?  

C’était l’heure de la pause  

de la dépose  

du retour à soi  

de l’abandon. 

C’était l’heure où on n’attend rien

Enfermée dans ce corps un peu plus chaque jour 

serrée à en être étouffée, je murmure les mots qui échappent à la retenue de la digue  ce barrage contre la douleur. 

 . 

C’était arrivé comme cela. 

Sans m’en rendre compte. 

Comme la neige à Noël 

comme la fin d’une histoire 

Sans additionner sans soustraire les mois aux heures, aux minutes, aux secondes sans coquetterie 

c’était arrivé comme un jour banal au 

c’était arrivé au moment où on se sent fléchir 

où on se sent faillir 

faiblir 

la vieillesse c’est une menace 

un doute  

un ébranlement

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :